Despo Rutti

Biographie

Despo Rutti

Bio

Quand on regarde le rap français en 2010 : on voit quoi ? Booba règne sans partage, Sexion d’Assaut amuse la galerie, NTM a ouvert une boutique de souvenirs et Akhenaton présente une émission sur Cuisine TV. Et puis, il y a les autres, ceux qui essaient de forcer la porte. Despo Rutti est le premier d’entre eux. Celui dont la voix porte le plus et celui dont la colère sonne le plus juste.

Sa colère vient de loin. De Kinshasa précisément, capitale de ce qu’on appelait encore le Zaïre. Au début des années 80, Pascal Trésor Azou’ Simba est un gamin qui dort dans une chambre située à l’arrière d’un bar où l’on boit, où l’on se bat, où l’on trafique. C’est là où viennent se perdre les pères des autres mômes du quartier. Le petit Despo est déjà à part. C’est sa mère qui tient le rade, une chose peu commune. D’autant plus que cette femme forte élève seule son enfant en gérant d’autres établissements de l’autre côté du fleuve Congo. La journée, Despo fait le con, avec une spécialité : grimper sur les murs réputés impossibles. Quand il ne fugue pas, il dessine et écoute de la musique : la Motown, Brel et la musique zaïroise aux sonorités latines. De l’Afrique, il a tiré aussi une façon de s’exprimer qui le distingue aujourd’hui des autres rappeurs. Qui a voyagé sur ce continent a entendu cet adage : « Méfie-toi des Zaïrois ». Ils parlent beaucoup, ils parlent bien, ils t’embrouillent. Despo a hérité de ce sens de la narration, de cette façon de transformer une histoire en conte garni de punchlines. En 1993, c’est la grande histoire qui le rattrape, un coup d’Etat est en préparation. Il rejoint son père en France, à Paris, quartier La Fourche dans le 18e.

Le rap viendra à lui plus tardivement, il digère d’abord son nouvel environnement et la misère du Top 50 de l’époque : les compilations Dance Machine, les vidéo-clips sur M6… Il déménage dans le 93 aux Pavillons-sous-bois à quelques encablures de la patrie de Suprême NTM, le groupe le plus énervés de l’époque. Bien sûr, Despo devient un de leurs adeptes. Comme si cela ne suffisait pas, l’Education nationale vient ajouter sa dose. Quand il dit à la conseillère d’orientation qu’il veut devenir designer automobile, elle glousse. On ne remerciera jamais assez les CPE du travail qu’elles ont accompli pour la construction du rap français. Les conneries illégales qu’on fait à cet âge-là ne tardent pas. Mais le futur rappeur monte des coups simples, efficaces, qui ne demandent pas beaucoup de main d’œuvre et qui évitent de tomber. Il se distingue des autres : « Je ne traînais pas dehors, je voulais sortir de là et je faisais tout pour. Que ce soit pour trouver des beatmakers, de l’argent, un terrain de basket ou une nana. Faut aller chercher son destin ». Parfois, on est aidé : un voisin bourgeois a du matos, plein de disques de rap et des instrus, il l’invite à poser sa voix au micro. Despo n’est pas impressionné, il noircit une feuille blanche et balance la sauce. Sans rimes. « Je voulais inventer, faire un récit, pas une chanson comme tous les autres. Le temps que j’arrive, les rappeurs avaient déjà tout retourné la langue française ». Le DJ fait la gueule, il ne sera pas le dernier. Seulement, Despo s’impose au fil des années et des featurings, avec une voix d’outre-tombe, des lyrics ciselés et des histoires qu’on ne trouve pas dans les bacs. Quand son premier EP sort en 2006, on a jamais vu un titre pareil : « Les sirènes du charbon ». Les sirènes comme celles qui précèdent un bombardement et le charbon, dans lequel se plongent tous ceux qui se lèvent le matin pour un patron ou qui font des coups menant à la case prison. Sur la compilation « Hostile », c’est son titre « Arrêtez » qui ressemble le plus à la grenade dessinée sur la pochette. En 2010, Despo Rutti prouve avec les 14 titres de « Convictions suicidaires » qu’il est bien « un chien de la casse ». Dès « Quitte ou double », il lance sur un rythme martial « l’hymne des insoumis ». Le morceau titre ose ensuite mettre en équation toutes les formes de suicide auxquelles sont prédisposés les jeunes des cités, « Innenregistrable » met à terre les trois grandes religions et « Dangeroots » met en évidence sa faculté à découper les mots à la hache. A chaque fois, des beats lourds, un sample de 24 Carat Black ou des instruments live soutiennent un flow qui égrène les vérités qui dérangent : « Mesrine est né trois jours après Jésus, c’est un signe ou « N’oublie pas que nos parents font semblant d’être heureux ». Ecouter l’album donne l’impression d’escalader un bloc de granit, tant il est compact et solide. Idéal pour lancer dans la vitrine du rap français. Avec « Miettes d’espoir » et « Rédemption », la fin du disque laisse néanmoins entrevoir un peu d’espérance. Que Despo a ramassé dans la rue. Aujourd’hui, la porte du conseil d’administration du rap français est forcée. A coups de raps à plus de 500 000 vues sur Youtube, à coups de featurings avec Seth Gueko et Nessbeal, à coups de clips tournés dans la rue et pas en studio, à coups de pochette d’albums que la police attaque en justice. « Convictions suicidaires », son premier vrai album sort maintenant nourri de cette colère et d’une longue réflexion. Une réflexion née dans les débats avec les potes qui durent toute la nuit devant un immeuble et dans l’écoute des classiques de Nina Simone, Ray Charles et Jay-Z. Despo Rutti a pris la parole et on le remarque. Qui ose parler de l’argent que l’on doit au patron de sa maison de disques, des femmes qui refusent de coucher pour réussir, des profs vaillants de maternelle ou du racisme ordinaire que perpétuent aussi ceux qui vivent dans les cités ? Personne jusqu’ici. A ceux qui se demandent d’où vient son nom, on précisera seulement d’une incrust dans une soirée au cours de laquelle il a fini dans le coma. Despo Rutti s’est réveillé, qu’il perce ou non avec son premier single « Rédemption » le plafond de verre qui empêche le rap d’accéder aux grands médias. Sa voix n’en sera que plus forte.


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